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Démocratie & Paix

L’urgence de la mémoire de la Conférence Nationale

Chronique 2 : L’urgence de la mémoire de la conférence nationale

Par une mémoire active de la conférence nationale, peut se maintenir et s’entretenir les conditions d’avènement du miracle béninois. Diverses contingences nous recommandent de façon urgente cette nécessité, et surtout ce qui semble devenir désormais notre habitude-attitude du goût des risques inutiles dont nous finissons par nous en sortir in extremis, dans un Bénin qui se contente juste de bien commencer mais après « tourne en rond, rétif à l’enseignement de l’Histoire, entêté dans sa suffisance, effrayé de s’engager sur la voie de la sagesse à laquelle l’invitent ses échecs répétés », comme le soulignait déjà, en termes toujours si actuels, Mgr Isidore de Souza, en 1993, à l’installation de la Cour Constitutionnelle.

Si nous ne dégageons pas alors tôt l’esprit de la conférence nationale, celle-ci deviendra juste un objet de musée ou un sujet d’antiquaire pour la génération du futur. (…) Les jeunes ont besoin de connaître les combats menés, les enjeux porteurs, les divers sacrifices consentis, les incertitudes vécues pour le déroulement et les issues de ces assises. Mais bien malheureusement, certains témoins et acteurs donnent aujourd’hui l’impression, au regard de la fluctuation de leurs intérêts, d’en tenir peu compte, s’ils ne posent pas souvent des actes ou émettent des déclarations qui compromettent, quelquefois dangereusement les acquis de la conférence nationale.

Redécouvrir l’esprit de la conférence est une condition d’existence de notre jeune démocratie et constitue la meilleure opportunité pour révéler le courage béninois. La réussite de la conférence nationale fut une conjonction de courage.

La dictature s’installe par les structures de la faim et de la terreur, ce qui hypotèque par nécessité ou instinct de survie, toute forme de revendications. Et pourtant, les moments de manque sont privilégiés pour l’action. Les temps de conjoncture constituent une heureuse opportunité pour la manifestation de l’audace, comme l’avaient exprimé plusieurs martyrs de la révolution qui, pour avoir osé dire non, ont connu mort, prison et exil. Les belles promesses de cette révolution n’ont pu se réaliser ; les mirages ont cédé la place aux semences de l’échec. Pour l’histoire de la conférence nationale, le courage de certains acteurs méritent d’être relevé et rappelé :

Les deux Béninois, Maître Robert Dossou et Professeur René Ahouansou, qui ont osé s’approcher du Président de la République pour lui signifier que l’idéologie marxiste-léniniste, vécu en version ‘‘laxisme-béninisme’’, non seulement était en agonie mais mettait en agonie aussi le peuple. Ils n’ont pas eu peur de risquer leur vie et leur avenir. La conscience les obligeait.

Le chef de l’Etat (le Général Mathieu Kérékou) qui malgré les pressions internes ou externes, a su écouter la voix de son peuple. Il a marché non sur son peuple, mais pour aller au devant de celui-ci. La décision de renoncer à l’idéologie et la convocation de l’historique conférence furent des actes inédits de courage, comme exercice de gouvernement. Il ne s’est pas emmuré dans un absolu « C’est moi qui ai raison », « J’ai raison », « Je fais ce que je décide ». Qui ne sait écouter ou feint de le faire ne saura efficacement commander.

Le Président du présidium (Mgr Isidore de Souza) : il affronta, malgré les risques, avec détermination et sans peur, par l’arme tranchante de la prière, ce ministère délicat parsemé de diverses aspérités : convocations régulières à la présidence dont celle de la nuit fatidique du 24 au 25 février où le Président de la République voulait tout arrêter, intermédiaire entre le Président de la République et les délégués, thermostat durant les joutes au sein de l’assemblée, blocages nombreux et divers.

Les journalistes : ils devraient être des acteurs de résonnance et de propagande, mais ils coopérèrent très tôt, par le service de l’information juste, à l’avènement de la démocratie.

La presse constitue un puissant instrument de déstructuration de la peur quand elle sert une information de qualité, fondée sur la vérité, à travers des analyses profondes et de sérieuses investigations. Mais quand elle se comporte comme une vide caisse de résonnance ou réseaux d’influence sous le pouvoir de l’argent, elle est source d’intoxication et d’asservissement.

Celui qui a évoqué la nécessité de la souveraineté de la conférence : une simple demande qui nécessita des jours et nuits de discussions impétueuses, pour être résolue. Cette question banale a transformé le cours de la conférence, prévue non comme une assemblée constituante mais pour être simplement un “brainstorming”, assemblée consultative, juste sollicitée pour mettre en commun des idées pour une nouvelle constitution. La bonne santé de nos institutions, assemblées, conseils dépendent bien souvent de l’audace de ces questions banales, posées ou évoquées sans calculs.

Il n’existe pas de système de terreur, incapable d’être ébranlé, par une action concertée, mûrie et planifiée pour le bien. Les fervents tyrans sont souvent les plus grands peureux. L’intrépide Achille, guerrier légendaire et héros de la guerre de Troie, avait au talon son point de fragilité. Même les plus puissants sont vulnérables, s’ils ne le sont pas plus que les autres.

Pour la vie d’un homme ou d’une femme, d’un peuple ou d’une nation, le courage permet la force d’anticipation, le non-entêtement, l’engagement au devoir d’Etat, l’audace pour le bien. S’il peut paraître utopique d’attendre de tout le peuple d’adopter, de manière permanente cette disposition, celle-ci ne doit pas pourtant manquer en son sein. Au cas échéant, c’est la décadence. L’absence du courage structure la peur ; elle prépare la dictature. Ce qui importe, ce n’est pas le nombre de personnes portées par le courage. C’est souvent le petit reste qui sauve la dignité et l’honneur d’une nation et d’un peuple. Et souvent des lieux marginaux. La vie de notre démocratie dépend de l’audace de ce petit reste et de ces minorités silencieuses. Malheureusement, quelquefois c’est comme si ce petit reste disparaissait même, et par ce manque, des systèmes de peur s’institutionnalisent, avec la complicité tacite d’une culture aux relents anxiogènes.

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Source :  http://lnx.fondation-afrique-esperance.org/2019/02/18/la-conference-nationale-des-forces-vives-1ere-partie/

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