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Démocratie & Paix

La Conférence Nationale des forces vives Vol1

Chronique 1 : La conférence nationale des forces vives : que mémoire en soit à jamais gardée !

La mémoire va au-delà de l’histoire dont elle se nourrit. Elle indique la vitalité d’un homme, d’un peuple et d’une culture. Par les axes du passé qu’elle écrème, elle informe le présent et prépare le futur. Perdre volontairement la mémoire, c’est donc être sans identité. Retrouver la mémoire, c’est renaître. Un peuple qui ne sait pas faire mémoire est un peuple sans histoire, sans identité et donc sans avenir. Un peuple qui ne sait pas faire mémoire est condamné à subir les mêmes errances du passé. Mais il ne s’agit pas d’abord d’une mémoire théâtrale ou festive, mais d’une mémoire comme prise de conscience. La mémoire rend présents les défis.

La vie du chrétien catholique est façonnée par l’anamnèse qui intègre à la fois les dimensions démonstrative (signum demostrativum), remémorative (signum rememorativum)et eschatologique (signum prognosticum) du salut. Le Seigneur rappelait souvent à son peuple l’importance de la mémoire : « Garde-toi d’oublier » (Dt 6, 12 ; 8, 11). L’Eglise célèbre à chaque Eucharistie le mémorial et l’actualisation de la Passion, Mort et Résurrection du Christ. L’anamnèse nourrit la vie d’un homme ou d’un peuple, tandis que l’amnésie en hypothèque le présent et l’avenir. Sauvons-nous donc de l’amnésie par l’anamnèse. L’évocation de cette dimension religieuse, pour la mémoire de notre conférence nationale, n’est ni anodine ni subjective. Celle-ci fut d’ailleurs constamment comparée à un exode, à un miracle, à une traversée du désert, à une Pâque…

10 jours inoubliables qui ont changé le cours de l’histoire du Bénin.

10 jours qui orientent encore notre présent et préparent notre avenir.

10 jours dont nous devons savoir faire mémoire.

Par la conférence nationale, le Bénin est qualitativement entré dans l’histoire. Mais cet événement constitue-t-il déjà assez notre histoire ? A-t-il vraiment marqué la mémoire nationale et fondamentalement imprégné nos mentalités, au-delà des évocations sporadiques ?

Non, il n’a pas encore façonné une nouvelle forma mentis du peuple, bien qu’il constitue, avec les indépendances, les deux grands actes majeurs de notre vie nationale. Mais mieux que les indépendances qui nous ont apparemment libérés du joug des autres, la conférence nous a délivrés de la tragique violence que nous exercions sur nous-mêmes. Elle a ainsi ouvert les chemins du renouveau démocratique ; une aube nouvelle pour le Bénin, une porte d’espérance pour certains pays d’Afrique.

Du Bénin, l’expérience fut exportée au Gabon, au Congo, au Mali, au Niger, au Togo et au Zaïre. Le modèle béninois fut adopté avec, à l’exception du Niger, un évêque comme président. En peu de jours, le génie béninois s’est révélé au monde, par l’affirmation du sens de responsabilité et de maturité d’un peuple, décidé à construire son histoire par lui-même et par les valeurs. Et pourtant, aucune place, aucun signe ne rappelle de manière permanente cet acte fondateur. L’état même  actuel du lieu, l’Hôtel Plm Alédjo, qui a abrité les travaux est un signe de l’état réel de notre démocratie.

Les enjeux de l’époque sont peut-être dépassés, mais non les fondamentaux capables d’être la boussole pour aujourd’hui et pour demain. Néanmoins, au regard des sauts, soubresauts et même tentatives d’assauts contre les acquis de la démocratie, certains réclament, et certainement de façon légitime, de nouvelles assises nationales. Mais l’esprit de la conférence nationale aurait-il été complètement épuisé ? L’avons-nous vraiment mis en exergue ? A-t-il déjà informé la vie politique, économique et sociale ? A-t-il vraiment  façonné un nouvel être béninois ?

Laissons-nous nous émouvoir par cet éloge de Fabien Eboussi Boulaga quant à  l’expérience unique en Afrique de la conférence nationale du Bénin :

« Ici, la conférence nationale est une incontestable réussite. (…) Il y a comme une singularité ou une exceptionnalité béninoise. (…) Elle est l’illustration de la “transition démocratique sans heurts et se couronnant des plus pures formes de la légalité qui confèrent une respectabilité “universelle”. Le modèle béninois ne s’exporte pas. Ses copies sont toujours défectueuses, voire caricaturales. Le prix du mimétisme est l’artifice qui fait violence aux données et à l’histoire spécifique de contrées différentes. »

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Source:  http://lnx.fondation-afrique-esperance.org/2019/02/18/la-conference-nationale-des-forces-vives-1ere-partie/

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